Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. Les Fivois sont environ 20 000. La population n’a pas trop bougé depuis 1999. En revanche, pour la petite histoire, ils étaient plus de 30 000 au début des années 1900.

Élections . Le quartier de Fives est un secteur qui sera particulièrement observé au cours des prochaines élections cantonales. Il y a un petit bout dans le canton de Lille Nord-Est. Mais l’essentiel du quartier est dans le canton de Lille-Est. On surveillera avec attention le score réalisé le 20 mars par Frédéric Marchand (PS), le successeur de Bernard Derosier, qui connaît bien le quartier pour y avoir habité. Fives vote socialiste. La question est de savoir si ce sera dans les mêmes proportions que sous l’ère Derosier. Les Verts, quant à eux, ont noyauté pas mal d’associations fivoises. Ça pourrait avoir un impact au moment de compter les voix.

Chômage . Il a beaucoup de mal à passer en dessous de la barre des 20 %.

Logement . Entre 1999 et 2007, la part de logements en sur-occupation a augmenté. Elle est supérieure d’un point à la moyenne lilloise. On vend bien à Fives : quand les ventes de maisons dans l’habitat ancien tournent autour de 45 pour 1 000 résidences principales (moyenne 2006-2007), le chiffre tombe à 35 pour la ville de Lille.

Sécurité. Le Centre inclus des secteurs hautement festifs, essentiellement la nuit : Solferino-Masséna, les entrées du Vieux-Lille et de Vauban. Lille estime qu’il lui manque, pour son territoire, 350 à 400 policiers et réclame le retour d’une police de proximité.

Élections. On enregistre (c’est une moyenne effectuée entre 2004 et 2008) trois fois plus de dégradations dans les transports en commun à Fives que dans le reste de la ville. Par contre, la part des troubles à la tranquillité dans ces mêmes transports en commun est inférieure à Fives à ce qu’elle est dans les autres quartiers lillois.
Sources : Agence de développement et d’urbanisme de Lille métropole.

Il y a dix ans, Martine Aubry prenait les rênes de la mairie. Réélue dans un fauteuil en 2008, elle aborde ce mois-ci la seconde partie de son mandat. À cette occasion, nous sommes allés explorer les dix quartiers lillois et en avons dressé l’état des lieux.
Aujourd’hui, Fives, qui, maintenant que la reconversion de FCB est enclenchée, n’a plus le droit de se tromper de wagon.

Martine Aubry arrivera-t-elle avec Fives à réaliser la même transformation que celle opérée par Pierre Mauroy dans le Vieux-Lille (il a lancé son plan de sauvegarde au milieu des années 70) ? Certains y croient. « C’est un secteur en devenir », jure Pascal Mullié, conseiller de quartier (Verts), qui compte parmi les épicuriens créateurs de l’association des Raisins de Fives et d’ailleurs. Il est devenu Fivois il y a « une vingtaine d’années », quand il a décidé d’investir dans la pierre. Quand il a posé ses valises rue Mattéotti, il a découvert « le quartier de Lille qui a le plus de particularités historiques et sociales ». Musicien et militant associatif, il fait partie de ceux qui pensent que l’avenir de Fives se joue en même temps que la nouvelle vie offerte au site de FCB. « Ce qui va se passer va changer la vie du quartier.

» Jérôme Goy aussi croit que le meilleur est à venir : « J’ai décidé d’acheter à Fives (l’an dernier) parce que le quartier me plaît. Il est populaire, authentique, avec une ambiance de village. » Un pari sur l’avenir qu’il a lancé avec sa femme et ses deux filles. « Le quartier va évoluer, s’embellir, les problèmes d’insécurité ne seront plus qu’un mauvais souvenir. » Tout le monde n’est pas du même avis. Nombreux sont les Fivois qui se désespèrent de voir leur quartier s’enfoncer comme un Titanic dans une mer gelée. Pour eux, la chrysalide fivoise est encore loin du papillon. Marc Pani est de ceux-là. Il a connu l’usine de Fives, « comme monteur soudeur » : « Je suis arrivé ici à 17 ans. » Il en a 51. Le Fives qu’il a connu n’existe plus. « On croisait des gamins qui proposaient aux personnes âgées de porter leurs courses ou de les aider à traverser la route. Maintenant, tu te fais arranger le portrait pour une cigarette. À mon époque, il y avait bien sûr des bagarres entre bandes, on se mettait des marrons, mais on allait boire un verre juste après. » Les gens ont changé. Les mentalités aussi. Ceux qui ont connu la fête des canards et son défilé carnavalesque au sortir des vacances d’été sont aussi étonnés quand ils traversent le quartier qu’une poule qui trouve un couteau.

Bruno Staelens a été commerçant dans le quartier pendant une dizaine d’années. Il a tourné la page il y a quelques jours. « Fives a terminé de se dégrader quand ils ont inauguré la place Degeyter, glisse l’ex-limonadier de la rue Pierre-Legrand. Ce que Fives a surtout perdu, c’est sa dimension solidaire. » En même temps qu’il devenait plus individualiste, le quartier de Fives a, à ses yeux, attrapé un autre défaut : « La saleté. Et ce n’est pas la faute de la ville. Les camions passent tous les jours. Par contre, le Fivois est devenu adepte du tu-jettes-n’importe-où-et-n’importe-comment-donc-je-jette-n’importe-où-et-n’importe-comment. »
Ce matin-là, dans les rues Malakoff et Mirabeau, le piéton devait effectivement improviser un slalom géant entre les tas d’ordures taille XXL et les sacs poubelles éventrés.

« C’est de pire en pire », estime Ignace Podda, arrivé dans le quartier avec ses parents en 1959. Il a connu le temps où l’on déposait une enveloppe sur le pas de la porte avec l’argent du lait et du pain. « Maintenant, ma femme est obligée de conduire ma petite-fille jusqu’au métro parce qu’elle n’ose plus y aller toute seule. » br />

Réorienter le commerce

Un marché de la place Caulier baigné de soleil. L’orange des clémentines tranche avec le vert des salades. Monique en a un panier plein.

Elle parle de malproprété, autant qu’elle marque une différence entre « Fivois et Lillois ». Elle achète ses fruits et légumes sur cette place qui sert de virtuelle frontière entre Fives et Saint-Maurice, mais fait le reste de ses courses à Villeneuve-d’Ascq. Elle a connu le temps où la rue Pierre-Legrand était attractive. C’était le temps des sorties d’usine. « C’était surtout avant la construction du métro. Onvenait de loin pour y faire ses courses. » Les choses ont changé. Lille-Sud a son Faubourg des modes, Fives s’est inventé son « Faubourg de la coiffure » au regard du nombre impressionnant d’enseignes de la rue Pierre-Legrand où l’on rase et coupe. Pascal Labbé, conseiller municipal d’opposition, voudrait que Fives, dont sa famille bat le pavé depuis 1850, retrouve son lustre d’antan. « Il n’est pas trop tard », promet celui qui est la plume du Canard de Fives. « La mairie doit user de son droit de préemption quand il y a cessations de commerce (comme pour le Bazar de Wazemmes) pour pouvoir le réorienter. » Comme la Fivoise croisée sur le marché, Pascal Mullié se surprend à se sentir plus Fivois que Lillois et à se dire, quand il grimpe sur son vélo, « Je vais à Lille ». Le Fivois qui ne se sent pas Lillois : une impression partagée par beaucoup. Certains ont reproché à Jean-Louis Frémaux, président du conseil de quartier, d’envoyer un carton d’invitation pour ses voeux avec une photo de la place du Théâtre. Ils voulaient voir la place Degeyter. Même politiquement, l’électeur a pris l’habitude de regarder ce qui se passe à Villeneuve-d’Ascq et Hellemmes plus que vers le beffroi lillois.