Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. Avec le développement du Bois Habité, qui héberge 900 personnes (1 500 estimées fin 2012), le quartier s’enrichit. Il passe de plus de 26 650 habitants, en 2006, à près de 28 000 âmes cette année. Une augmentation qui s’explique aussi par le nombre croissant d’étudiants logés dans les résidences services.

Logement. Dans l’hypercentre, le prix du mètre carré peut fluctuer de 2 600 à 3 300 €, en fonction, notamment, de la proximité avec le secteur piétonnier ou le Vieux-Lille. Les acquéreurs sont aujourd’hui des cadres et professions intellectuelles (37,11 %), des professions intermédiaires (32,31 %), des retraités (10,67 %).

Emploi. Le Centre n’est pas à un paradoxe près. Il comprend des poches d’ISF, mais également des périmètres de grande pauvreté et de précarité. D’où un taux de chômage surprenant de 29,31 %, indiquant d’immenses disparités entre les classes sociales.

Revenus. Le revenu moyen par foyer est de 19 163,44 €, contre 13 825 € pour Lille. Si des ouvriers et les employés vivent encore dans le quartier (respectivement 12,44 % et 32,75 %), ils sont dorénavant supplantés par les professions intermédiaires (26,45 %) et les chefs d’entreprise (27,36 %). En 2009, le quartier, où vivent de nombreux étudiants, comptait 10 833 allocataires de la CAF, soit une hausse de 2 %.

Sécurité. Le Centre inclus des secteurs hautement festifs, essentiellement la nuit : Solferino-Masséna, les entrées du Vieux-Lille et de Vauban. Lille estime qu’il lui manque, pour son territoire, 350 à 400 policiers et réclame le retour d’une police de proximité.

Élections. Les habitants du Centre s’étant déplacé pour le deuxième tour des élections municipales de 2008 n’ont pas boudé Martine Aubry. Lui offrant 58,56 % des voix lors du deuxième tour des élections municipales de 2008, contre 41,44 % à Sébastien Huyghe. En revanche, la participation s’est limitée à 45,49 % des inscrits.

Aujourd’hui, le Centre, souvent considéré comme une citadelle indépendante du reste de la cité.

Un bonnet d’âne. Joli pied de nez… Sur la carte officielle du quartier du Centre, les périmètres « Bd Victor Hugo – rue Solférino – rue d’Artois » et « rue Brûle-Maison – rue Solférino – rue des Postes » forment deux jolis triangles posés sur un quadrilatère allant de la rue de Cambrai au boulevard Vauban et du périphérique Est au secteur Saint-Michel.

Belle ironie, celui-ci joue les bonnets d’âne topographiques alors que les projets municipaux le destinent à (re)devenir le Quartier latin lillois. « On en attend beaucoup, sourit Lyla Aït Menguellet, l’une des deux universitaires ayant repris la vénérable librairie Meura de la rue de Valmy. Notre espoir est d’assister à la renaissance du contrepoids laïc du quartier universitaire de la Catho. » Déjà, l’Institut d’études politiques (IEP) doit quitter Moulins pour se nicher contre l’ESJ. « Un bel effet locomotive , encourage Hugues Meura. Dans le quartier, les locaux ne manquent pas. »

Justement, le quartier, l’autre, l’officiel, le complet, c’est quoi ? « Une petite ville de province, sourit Franck Hanoh, le président du conseil de quartier. Avec ses 28 000 habitants, il peut même rivaliser avec Béthune. »

Une cité à part entière où le seul sujet pouvant détrôner l’emploi dans les bouches est le logement. « Peu de personnes travaillant dans l’hypercentre ont les moyens d’y vivre », résume, lapidaire, Franck Vandecasteele, le chanteur de Marcel et son Orchestre et « grand consom’acteur du centre-ville ». « Il y existe de grands espaces dédiés au logement social, lui répond Franck Hanoh. Comme Hoover ou Saint-Sauveur. »

Flânerie le long du passage Fontaine-Del-Saux, entre le palais Rameau et le boulevard de la Liberté. Une résidence LMH que Claude Huart, 53 ans, ne quitterait pour rien au monde. « Des apparts ont même des jardins », sourit l’heureux locataire d’un F4 pour… 123 E, APL comprises, décroché en 1983, après un an d’attente. Depuis, tout a explosé : les prix, les délais. « Aujourd’hui, je ne trouverais pas un loyer si modique dans le centre », confie Claude, lucide. « Le défi d’une ville de gauche est de continuer à assurer la mixité sociale, renchérit Franck Hanoh. Pour toute la ville, il y a 13 000 demandes de logements non accomplies. »

Le centre toujours, un autre monde. Les trépidations de marteau-piqueur sur la Grand-Place, future zone de rencontre où, pour l’heure, on croise bon nombre de mécontents. « Avec toutes les restrictions sur les terrasses, c’est un voile noir qu’on va coller sur les vitrines », s’alarme un restaurateur qui vient de lancer une lettre ouverte sur la question. « Combien d’entre nous resterons ouverts à la fin des travaux en juin?, vitupère un commerçant. Nous sommes les otages de l’alliance PS-Les Verts. »

« Le commerce, c’est la voiture, poursuit Marc Donghi, du cabinet 3 x 3, spécialisé dans l’immobilier commercial et, lui aussi, critique à l’égard des Verts. Il suffit de voir le centre commercial de Faches-Thumesnil. Au plus l’auto a du mal à circuler à Lille, au plus la surface de Faches explose… »

Cependant, « j’ai partagé quelques réunions avec Martine Aubry, tempère Donghi, souriant. Ses connaissances du commerce, de la ville et de ses dossiers m’ont impressionné. Elle nous a aidés à faire venir les Galeries Lafayette. »

L’avenir du centre-ville passera-t-il par le festif et le culturel ? « Avec Lille 2004, nous avons connu un bond en avant de vingt-cinq ans , assure Franck Hanoh. L’époque où, ailleurs, on évoquait Lille avec une moue est révolue. Et je ne vois plus personne loucher vers Euralille tout en me soufflant à l’oreille qu’il y a trop de bureaux à Lille…

« Il y a un avant et un après Lille 2004, renchérit Franck Vandecasteele. La ville, et surtout son centre, n’ont jamais été aussi beaux et fréquentés. Et après ? Il peut paraître bizarre de parler de placer la démocratie sur le terrain du plaisir, mais, aujourd’hui, combien de jeunes ont les moyens d’une soirée dans un bar ? » « Placez-vous devant les supérettes du quartier à 20 h, rebondit Michèle Vantorhoudt, dont la famille tient la poissonnerie de la rue Massena depuis quarante-cinq ans. Dans les sacs, il n’y a que de l’alcool. Ensuite, on s’achève dans les bars.

Pourtant, pour la poissonnière, la Charte de la vie nocturne défendue par la ville constitue « une bonne épée de Damoclès » au dessus des établissements. Mais, pour d’autres, on ne peut en rester là. « Puisqu’on ne peut pas délocaliser le centre, investissons ses grands espaces !, rêve Franck Vandecasteele.

Conquérons les parcs avec des guinguettes, des rencontres, des kiosques ! Contre le CAC 40 des enseignes, le vrai plaisir populaire ! » « Nous sommes effectivement le quartier des grands jardins, confirme, aussi souriant qu’impassible, un Franck Hanoh visiblement ouvert à toutes les propositions.