Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. En 1999, le quartier comptait 15 000 habitants. On en recense aujourd’hui 20 000.

Logement . En 2007, selon une étude menée par LMCU, le Vieux-Lille comptait 13 000 résidences principales dont 60 % construites avant 1948. Depuis 2000, 585 nouveaux logements, dont 575 en lieu et place des anciens abattoirs, ont été réalisés.

Situation des habitants . 20 % des habitants du quartier sont des propriétaires occupant leur domicile (contre 28 % pour le reste de Lille) ; 50 % sont des locataires du parc privé (47 % à Lille) et 12 % sont des locataires HLM (23 % à Lille).

Revenus.
En 2005, le revenu moyen par habitant était de 20 000 € contre 13 800 € pour le reste de Lille. Les personnes seules représentent 60 % des habitants (45 % à Lille).

Qui achète dans l’immobilier ?
Sans surprise, les cadres et les professions dites « intellectuelles » (40 % des acheteurs) investissent dans la pierre du Vieux-Lille. Ils sont autant à y résider. On recense 10 % d’ouvriers contre 20 % pour l’ensemble de Lille.

Emploi. Le chômage frappe moins dans le Vieux-Lille. Les demandeurs d’emploi sans formation représentent 10 % contre 20 % à Lille. Les bac + 2 sont près de 60 %, contre 30 % pour l’ensemble de la ville. Le quartier compte environ 4 000 collégiens et lycéens. Les deux plus importants établissements scolaires sont les lycées Pasteur et Notre-Dame d’Annay (1 000 élèves chacun environ).

Couverture maladie. Moins de 10 % de la population du Vieux-Lille est bénéficiaire de la couverture maladie universelle. Pour Lille, le taux monte à 20 %.

Aujourd’hui, le Vieux-Lille, sans doute actuellement l’un des secteurs de Lille les plus agréables à vivre. Petite virée au « pays » de l’art flamand où Martine Aubry réside, rue Sainte-Catherine.

En voilà un qui résume bien tout l’attrait actuel du Vieux-Lille. Interrogé il y a quelques jours sur sa vie à Lille, le footballeur tchèque du LOSC David Rozehnal a répondu ceci : « Moi qui ai joué à Bruges, je trouve le Vieux-Lille aussi beau. » Un vrai compliment, les canaux en moins. Et encore. S’il reste quelques années lillois, le défenseur du LOSC verra peut-être la remise en eau de l’avenue du Peuple-Belge dans le cadre du Plan bleu.

En attendant, les touristes s’arrachent le Vieux-Lille. Et nos voisins belges ne sont pas les derniers a en parcourir le pavé. Éric Voreux, qui réside dans le périmètre de la rue des Vieux-Murs, se plaindrait presque de ces hordes visiteuses. « Le week-end, en été, ça commence à 8 h, plus moyen de dormir… » La rançon de la gloire. Métamorphosé dans un hymne dédié à l’art flamand, le quartier a bien changé. « C’est vrai que c’est agréable de vivre ici, explique Henri Sonntag, 61 ans, qui a passé toute sa vie rue du Pont-Neuf, mais avant, tout le monde se connaissait.

Je trouve que les populations sont de moins en moins stables. Il y a de plus en plus d’étudiants, qui n’ont pas pour vocation de rester. Le dernier lieu de rencontre, c’est le marché de la place du Concert. C’est un vrai privilège de l’avoir trois fois par semaine. » Sinon, excepté quelques îlots populaires, comme le secteur Winston-Churchill, le quartier du Vieux-Lille est aussi devenu un secteur cher. Pour les habitants comme pour les commerçants.

« C’est une évidence qu’il est devenu un quartier très bourgeois où le logement est hors de prix, analyse Gauthier Ragonnet, de l’APU (Atelier populaire d’urbanisme) du Vieux-Lille. Mais ceci est le résultat d’une certaine logique économique contre laquelle la politique municipale ne peut pas grand-chose. » Le militant estime d’ailleurs que les choses se passent mieux ici qu’ailleurs. « La lutte contre l’insalubrité est largement en avance à Lille. En 2005, avec le dernier plan, nos moyens sont passés du simple au double. » Cette logique, pour ne pas dire cette dictature de l’argent, se décline également pour les commerces. Henri Sonntag : « Peu à peu, j’ai vu le commerce traditionnel disparaître. Les bouchers, les quincailliers… Heureusement, un boucher (Le Barbier) a rouvert rue de la Monnaie. » Sinon, c’est ici que le commerce de luxe prospère. Cet hiver, avant Noël, on a même vu un taxi parisien convoyant des touristes japonais déposer ses clients devant une prestigieuse enseigne de la rue de la Grande-Chaussée. Être commerçant dans le Vieux-Lille est un luxe. « Certains loyers ont été multipliés par trois, résume Kemal Temur, artisan bijoutier depuis vingt-cinq ans rue de la Monnaie. C’est très difficile de résister, le petit commerce a presque disparu. Il reste qui ? Du prêt-à-porter de luxe, de la téléphonie avec des moyens financiers immenses. Mais que pouvons-nous faire ? On a déjà manifesté notre mécontentement… Et après ? » Du côté de la façade de l’Esplanade, Clémentine et Cécile reviennent de leur footing. Jeunes mères de famille confortablement installées dans la vie, elles estiment être des privilégiées. « On vit dans des appartements magnifiques et on est proches d’un lieu fantastique : la citadelle. » Simplement, toutes les deux aimeraient pouvoir traverser la chaussée sans se mettre en danger.
« C’est une autoroute ici, clame Cécile.

Quand je suis avec la poussette et mon petit, je ne suis pas rassurée. Les gens roulent trop vite. » Du côté de l’avenue du Peuple-Belge, c’est l’état des trottoirs qui fait causer. Jacques et Annie, retraités : « Regardez les pavés, ils sont tout défoncés, à nos âges, ce n’est plus possible. » Président de l’association Renaissance du Lille ancien, Didier Joseph-François le déplore en ajoutant d’autres petits détails : « Les trottoirs, c’est la réalité, mais il y a aussi toutes les places du quartier, notamment la place Louise-de-Bettignies et la place du marché. »

Il estime également « scandaleux » d’avoir bitumé le pourtour de la cathédrale.

En poussant tout au bout du quartier, on arrive près de l’ex-stade Grimonprez-Jooris, en voie de déconstruction. En face, une autre enceinte, moins connue.

Le stade Adolphe-Max qui vient d’être équipé d’une splendide pelouse artificielle dernière génération. Gérard Philippe, secrétaire perpétuel de l’AS Vieux-Lille : « Comme Pierre Mauroy et Christian Burie, Martine Aubry habite le quartier. Eh bien, elle nous gâte. En quatre ans, on est passés d’une pâture à vache à un vrai billard. »