Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. Le quartier perd ses forces vives. Riche de 7 538 habitants recensés en 1999, il n’en comptait plus en 2007 que 7 213. C’est le plus petit quartier de Lille en terme de population.

Logement .Les propriétaires se concentrent dans les secteurs de Canteleu (37 % des occupants) et du Vieux Bois-Blancs (36 %). Ils ne représentent que 16 % dans celui de Marx-Dormoy et 11 % aux Aviateurs. Ce dernier secteur réunit 69 % des logements HLM. À noter, le nombre élevé de mutations (ventes) des logements anciens en 2006-2007 : environ 55 pour 1 000 résidences, contre environ 35 à Lille. Le signe d’un renouvellement fort de la population.

Emploi . Le taux de chômage atteint 15,6 % de la population active (4,4 points de plus que sur la zone d’emploi de Lille). Les Aviateurs regroupent 30 % des chômeurs, à quasi égalité avec le Vieux Bois-Blancs.

Revenus.
Le revenu médian des ménages s’établit autour de 13 905 € en 2005 (source INSEE-DGI). Un montant quasi semblable à celui des Lillois en général (13 825). Le revenu médian des habitants des Bois-Blancs a augmenté de 2,8 % par an depuis 2001 (+2,4 % l’an pour Lille).

Sécurité
Transpole a enregistré, entre 2004 et 2008, près de 3,7 faits de dégradations pour 1 000 voyageurs dans les transports en commun. C’était beaucoup plus qu’à Lille (1,5). On a compté, sur la même période, 1,4 trouble à la tranquillité pour 1 000 voyageurs (contre moins de 1 à Lille).

Élections . Fidèles à Martine Aubry, les habitants des Bois-Blancs avaient offert à la maire de Lille, lors des municipales 2008, 68,77 % de leurs suffrages (66,56 % pour Lille-Lomme-Hellemmes). Ils avaient été 47,81 % à se déplacer, soit un peu plus qu’à l’échelle des trois villes associées (44,42 % de participation).

carreAujourd’hui, les Bois-Blancs, où les mutations engendrent autant d’espoirs que de craintes.

« On veut croire en Euratech, est-ce qu’Euratech croira en nous ? » Le rap de Khadiri Gassama, ce jeune de 17 ans suivi par la maison de quartier, résonne dans l’autoradio alors que pointe la « cathédrale » d’Euratechnologies, au bout de la rue Canrobert. Pour un peu, on pourrait presque l’apercevoir de la cité populaire des Aviateurs. Une rue, un canal à franchir. Mais n’allez pas demander aux ados qui tiennent le mur s’ils y sont déjà allés. Sourire en biais d’Elias, les 17 ans désabusés : « Ça ne m’intéresse pas. Ma priorité, c’est de trouver un boulot… »

Au terme d’une lente agonie industrielle, la reconversion des filatures Le Blan et Lafont en pôle d’excellence des hautes technologies a marqué en 2008 le début d’une nouvelle ère. Une centaine d’entreprises, 1 200 emplois… La réussite économique est indéniable. Autant qu’insolente pour les plus de 15 % de chômeurs que compte ce petit quartier de quelque 7 213 âmes. « La viabilité des entreprises est assurée, se satisfait Akim Oural, président du conseil de quartier. Euratech doit aujourd’hui réussir son inclusion sociale. On est en bonne voie. »

En bonne voie, ça signifie deux-trois équivalents temps plein signés avec le centre d’insertion des Bois-Blancs. Et une jeune fille de la rue Coli réputée « difficile », recrutée par Solutis, société du groupe Vitamine T. La filiale a fait grincer plus d’une dent en offrant à Euratechnologies près d’une dizaine de prestataires de service dont aucun issu des Bois-Blancs. « Même la conciergerie, concept que nous avions mis en place au centre Vauban, ne nous est pas revenue », soupire Maryse Bocquet, directrice de la maison de quartier des Bois-Blancs. Consciente des attentes, la ville lance en avril une académie d’excellence numérique. Soit huit mois de formation pour 45 jeunes non qualifiés mais motivés par les métiers du web design ou de la maintenance réseau.

La révolution est en marche. Elle se mesure à l’aune des noms qui fleurissent sur les palissades. Vilogia, GHI, Soreli, LMH… Tous les ténors de l’habitat ont sorti leurs pelleteuses. Objectif : 854 nouveaux logements d’ici 2013. Le projet des Rives de la Haute-Deûle, face à Euratechnologies, fait figure de vitrine, avec ses 25 hectares en HQE. Mairie et maison de quartier vont s’y relocaliser. Et l’on y rêve d’un port de plaisance, à la place de la gare d’eau, avec son marché flottant, ses navettes fluviales, et ses jeunes en insertion formés à la réparation des péniches.

De l’autre côté, au port de Lille, les études vont être lancées pour bâtir un nouveau secteur face à Marx-Dormoy. « On va reconnecter le centre de Lille aux Bois-Blancs », s’enthousiasme Akim Oural. Ce qui n’a rien d’un détail pour ce quartier qu’on surnomme « l’île de Lille » parce qu’enlacé par les bras des Basse et Haute Deûles. De nouveaux habitants frappent aux portes des associations et écoles. « La sociologie a évolué depuis quatre-cinq ans , note Myriam Fauquet, directrice de l’école Montessori, au coeur des Aviateurs. On a plus de profs, d’écolos aussi ! Des classes moyennes supérieures. Ça nous a fait drôle au début. Mais c’est agréable. Ça mélange et ça fonctionne. »

Le mélange, la mixité sociale. La tâche n’est pas mince dans un quartier où les canaux et l’avenue de Dunkerque servent de frontières. Il y a là le Canteleu des classes moyennes et ouvrières, le Vieux Bois-Blancs familial en pleine transformation, le secteur Marx-Dormoy étudiant et plus aisé, et les Aviateurs qui ruminent. Akim Oural le concède lui-même : « Réunir les secteurs, ça passe par l’urbanisme mais aussi par les gens ! »

« Ici à Marx-Dormoy, c’est un autre monde, illustrent Annie et Jean-Yves Vasseur, installés face à la piscine olympique, après trente ans passés dans le Vieux Bois-Blancs. Personne n’est au courant de ce qui se passe de l’autre côté de l’avenue de Dunkerque. » « Il faut arriver à faire se rencontrer des habitants venus d’horizons différents », renchérit Maryse Bocquet.

La prochaine réhabilitation de la place Saint-Charles, avec le retour d’un marché et des commerces, doit y contribuer. Tout comme la reconstruction d’un centre nautique à Marx-Dormoy. L’urgence de cohésion est à la mesure du sentiment d’exclusion qui monte dans les secteurs marqués par la précarité. « Les difficultés s’amplifient aux Aviateurs », s’alarme Maryse Bocquet. Or, les habitants voient arriver des entreprises qui n’ont nul besoin d’eux et sortir de terre des logements auxquels ils pensent n’avoir pas accès. « Ma mère habite aux Aviateurs depuis douze ans, grogne le jeune Faudé. Elle a demandé si elle pourrait déménager dans les nouveaux immeubles (des Rives de la Haute-Deûle), on lui a répondu que c’était même pas la peine d’y penser. »

On a remis l’autoradio en marche et jeté un regard à Euratechnologies. La voix cadencée de Khadiri a repris : « Ils nous disent que ça améliorera notre quotidien. Ça concerne les petits, les jeunes et les anciens. Faut pas nous décevoir… »