Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. Le quartier comptait, en 2006, 19 806 habitants. « 45 % ont moins de 25 ans et 15 % sont de nationalité étrangère», selon Françoise Rougerie.

Logement . Un tiers des logements sont des HLM. Une écrasante majorité de Moulinois, 70 %, sont locataires. Principalement dans le privé, sauf à Moulins-Belfort. 511 logements neufs ont été construits entre 2000 et 2006, à 60 % dans le coeur de Moulins.

Commerce. Si le coeur de Moulins, autour des rues de Douai et d’Arras, montre une concentration d’échoppes proche de la moyenne lilloise (11,6 pour 1 000 habitants contre 13,1), les secteurs de la Porte d’Arras (4,3 pour 1 000) et de Belfort-Valenciennes (3,3 pour 1 000) pâtissent d’un manque criant d’enseignes de proximité.

Logement . En 2005, le revenu médian d’un ménage de Moulins culminait à 8 620 E, contre 13 800 E en moyenne à Lille.

Revenus. Les chiffres plongent particulièrement dans les secteurs porte d’Arras (7 935 E) et Belfort-Valenciennes 7 422.

Santé. Si Moulins-centre bénéficie d’une bonne présence médicale, avec 600 médecins généralistes pour 100 000 habitants en moyenne, porte d’Arras tombe à 100 pour 100 000 et Belfort-Valenciennes est en plein désert médical avec 50 pour 100 000.

Emploi. Dans le périmètre de la zone urbaine sensible de Moulins, qui ne couvre pas tout le quartier, l’INSEE relevait en 1999 un taux de chômage de 26,5 %, culminant à 35,6 % pour les 15-24 ans.

carreIl y a dix ans, Martine Aubry prenait les rênes de la mairie. Réélue dans un fauteuil en 2008, elle aborde ce mois-ci la seconde partie de son mandat. À cette occasion, nous sommes allés explorer les dix quartiers lillois et en avons dressé l’état des lieux.
Aujourd’hui, Fives, qui, maintenant que la reconversion de FCB est enclenchée, n’a plus le droit de se tromper de wagon.

« Moi, je voudrais mourir ici », dit Liliane dans l’un de ses éternels sourires.
Par sa fenêtre, panorama imprenable sur le boulevard de Belfort, ses grands ensembles, le métro qui jaillit dans un cri de la station Porte-de-Valenciennes.
Liliane vit dans la tour Clemenceau.

Les pelleteuses sont à sa porte. Il y a cinq ans, elles ont abattu les barres Marne et Somme. En décembre, Verdun tombait. Les grues qui achèvent le Bois Habité sont maintenant en vue. « Ça va changer beaucoup, ça va être beau, dit Liliane. Et les nouveaux visages vont me faire du bien. » Les résidences du Petit et du Grand Clemenceau se vident. Mustapha est parti en janvier. Relogé par son bailleur, LMH, au sud de Moulins. « Je suis resté quatorze ans. À la fin, c’était le maquis. Si vous êtes au chômage, vous avez peu de chance de partir de là. Ma chance, c’est qu’ils devaient démolir. » Au pied de la tour Clemenceau, qui seule survivra à la rénovation urbaine, s’accrochent une poignée de commerces. Une friterie, une pharmacie. Et puis, l’atelier-galerie Bleu. Une oasis dans le désert. Six ans à rameuter les gosses du coin, à faire venir des artistes, à tisser des liens avec les habitants.

« Les artistes sont parfois dans la même galère qu’eux », glisse Pauline Saïdi, coordinatrice du lieu pour l’association Avenir Enfance. Depuis plusieurs mois, elle anime un atelier de sculpture avec Alex Rochereau. Des figures bariolées, créées à partir des souvenirs de riverains, vont être accrochées sur le Grand Clemenceau, jusqu’à sa destruction prochaine. La Porte de Valenciennes est au milieu du gué. « Tout le monde attend, juge Pauline. Certains attendent de partir. Les autres que ça change. » La Porte de Valenciennes fait son big-bang. Le reste du quartier sent à peine les secousses. Si Moulins change, c’est par ses marges. À l’est, la porte de Valenciennes en plein chambardement. Au sud, la barre grise, surnommée « la muraille de Chine », rasée. Au nord, le parc Jean-Baptiste-Lebas. Le jardin du centre, est un « cadeau » pour les familles moulinoises, souligne la présidente du conseil de quartier, Françoise Rougerie. Au milieu de tout cela, Moulins. Tel qu’en lui-même. « Le coeur du quartier n’est pas révolutionné, et on ne le veut pas », plaide Françoise Rougerie. Des bâtiments anonymes ont bien poussé, rues d’Arras et rue de Douai. Des résidences comme celle du Soleil intérieur, sur la plaine Méo, ont comblé les dents creuses des friches, avec des réussites diverses. Mais ici, le bobo est rare. Comme le spéculateur immobilier. « Moulins est un quartier populaire, un vrai, avec ce que ça peut avoir de mauvais, note l’écrivain Fanny Chiarello, auteur de textes sensibles sur ce coin de Lille cher à son coeur. Mais il y a quelque chose de chaleureux. » À Moulins, les murs parlent encore. Ils scandent. Contre Sarkozy, le fric, la police, les logements vacants. Ça fleure bon le militantisme et la propagande. Un squat annonce la couleur : « Nous occupons des maisons parce qu’un centre-ville peuplé de banquiers, ça fait chier. » Crucifié par la désindustrialisation, grevé par le chômage, Moulins n’est pas à la mode. Ce peut être une chance. « C’est notre histoire, il faut que les petites gens restent », assure Françoise Rougerie. Et que d’autres s’installent. Tenter le brassage. La greffe de la fac de droit, en 1995, devait y pourvoir. Demi-échec. Les étudiants s’écartent peu du parcours place Déliot-station de métro.

C’est que le quartier fait encore peur. La pauvreté, le déclassement y ont charrié des plaies trop connues, insécurité et trafics. Les dealers y possèdent toujours quelques adresses florissantes, et pas seulement au pied des tours. Même si Dany Bengrine tient à relativiser : « Quand je suis arrivé, dans les années 70, c’était l’Amérique, il y avait des clans, les gens de Wazemmes, Lille-Sud, Moulins, explique le patron du Select, rue d’Arras.

Le quartier s’est assagi. » Junie habite rue de Maubeuge depuis trois ans. On la croise dans un jardin partagé des AJOnc. « Des gens m’ont dit de ne pas venir, raconte la trentenaire. Mais eux n’y habitaient pas. Ou alors, c’était il y a longtemps. » Son quartier, elle l’aime. Et cite volontiers sa ribambelle d’associations du quartier, Maison folie en tête.

Moulins, c’est un réseau serré de structures qui ont appris le travail d’équipe. On y trouve pêle-mêle, le Prato, l’atelier-galerie Bleu, l’hôpital Saint-Vincent de Paul, la compagnie du Tire-Laine, le centre social Marcel-Bertrand… Et puis cette Maison folie. « Tout l’enjeu est de ne pas attendre que les habitants viennent, mais d’aller à leur rencontre, avance Caroline Perret, qui a succédé en septembre au regretté Jean-Baptiste Haquette. Cela ne se voit pas forcément dans la programmation. On travaille beaucoup avec le quartier, les publics scolaires, les personnes âgées, le centre social… » À charge pour ce maillage d’assurer la cohésion du quartier. Afin que Moulins, si ses voyants devaient passer au vert, ne perde pas son âme.