Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

Population. À peu de choses près, c’est la population d’une ville comme Ronchin. En 1999, le quartier comptait 15 009 habitants. Aujourd’hui, la population de Saint-Maurice-Pellevoisin dépasserait les 17 000 âmes.

Logement. On relève d’importantes disparités entre le haut et le bas du quartier. En 2006, Pellevoisin comptait 55 % de propriétaires occupants, contre 30 % pour Saint-Maurice. Les locataires du parc HLM n’étaient que 7 % à Pellevoisin, ils étaient près de 20 % à Saint-Maurice. Près de la moitié des acquéreurs dans l’ancien sont cadres supérieurs.

Revenus. À 19 744 €, le revenu médian des habitants de Saint-Maurice-Pellevoisin dépassait, en 2005, celui des Lillois (13 825 €).

Réussite scolaire . Les habitants louent l’excellence des écoles du quartier, qu’elles soient publiques ou privées. À Saint-Maurice-Pellevoisin, près de 5 % des élèves ont un retard de deux ans ou plus à l’entrée
de la sixième. On se situe ici dans la moyenne de la ville.

Santé . De la rue de la Louvière à la rue du Buisson, on compte pas moins de 27 médecins. Pour l’anecdote, près de 30 % des élèves de CP du quartier avaient une carie non soignée (moyenne 2005-2006).

Élections . C’est le quartier où le candidat UMP a fait le meilleur score. Au premier tour des municipales de mars 2008, à Saint-Maurice-Pellevoisin, Martine Aubry (PS) a recueilli 36,75 % des suffrages (contre 46,02 % pour le reste de la ville) ; Sébastien Huyghe (UMP) a séduit 32,17 % des électeurs (contre 21,64 %). Seules 258 voix séparaient les deux candidats.

carre« C’est jour de grand nettoyage. L’aspirateur renifle le tapis rouge et le sifflement rauque résonne sous la grande voûte. Sur sa croix, le Christ illuminé contemple, la tête penchée, les va-et-vient de ce nez à 900 watts.

La quiétude et la fraîcheur minérale de l’église Saint-Maurice-des-Champs tranchent avec le bourdonnement de la rue du Faubourg-de-Roubaix. Sur cette jugulaire bat le coeur de Saint-Maurice-Pellevoisin. Un long fleuve de petits commerces, de banques, de boulangeries, de cafés du coin, de restaurants et d’opticiens qui prend sa source à Mons et se jette dans Euralille. Le quartier de Saint-Maurice-Pellevoisin est deux, ne les confondez pas. Un conseil que Dominique, ancien de la rue Moucrou, résume en une lapalissade : « Saint-Maurice, c’est Saint-Maurice Pellevoisin, c’est Pellevoisin. »

Deux quartiers, deux faux jumeaux.

« Il y a le bas (Saint-Maurice) et le haut (Pellevoisin) du quartier, on le sent bien quand on pédale à vélo », sourit Dominique Plancke, président du conseil de quartier. La frange d’en bas, celle de Saint-Maurice, entre populaire, bobos et retraités, vit bien, se plaît à tirer son cabas pour faire ses emplettes dans les petits commerces alentour. Ces artisans du coin de la rue participent à l’identité de ce quartier, « Ce village dans la ville », comme dit Charline, retraitée croisée rue Vantroyen. « On n’est pas en centre-ville mais on en est tellement proche qu’on peut s’y rendre à pied », note Thérèse, arrivée rue du Faubourg-de-Roubaix en 1972. Les deux lignes de métro (Saint-Maurice-Pellevoisin et Caulier) sont à portée, un atout qui a séduit les actifs parisiens pour qui Saint-Maurice est une banlieue avec TGV en guise de RER grand luxe.

Vaisseau incrusté « au chausse-pied » derrière l’église, la toute nouvelle maison de quartier enchante les familles et comble un déficit d’équipements. On mesure le bon-vivre d’un quartier à ses préoccupations. « Les crottes de chien et le stationnement » occupent de plus en plus les trottoirs et les conversations. Plus irritant, en dix ans, la petite délinquance a grimpé. « Rue Véronèse, une vingtaine de rétroviseurs valsent gratuitement depuis quelques semaines », peste Thomas, 20 ans. Plus angoissant, les cambriolages ont marqué les esprits et l’année 2010.

À quelques centaines de mètres des villas Art nouveau des rues Gounod ou des Lillas, subsistent des poches de pauvreté. La cité Saint-Maurice, une grande cour carrée entourée de petites maisons saucissonnées en studios, pourrait être le havre de paix des bobos. Les plus visionnaires commencent à s’y installer. Mais ici, les squats, les canettes de bière et les murs d’urine gâchent le décor et la vie des habitants. Évelyne, longue laine élimée, 400 E de RSA, regrette le manque de dialogue dans ce hameau du bas de Saint-Maurice. « Il y a bien une fête au printemps, pour rassembler les gens… » Avec musique, merguez, moutarde et ketchup. Mais la mayonnaise ne prend pas.

Discrétion et pudeur

Entre Saint-Maurice et Pellevoisin, un pont, que dis-je, un viaduc : la rue de la Louvière grimpe jusqu’à Pellevoisin. Ici, le rythme change, ralentit. En journée, ce « quartier résidentiel », « dortoir », est déserté par ses profs, architectes, journalistes ou professions libérales. Rue Fourmentel, un scooter passe comme une boule de paille dans un western. « C’est un quartier tranquille, agréable, près du centre mais qui manque un peu d’animations », résume Virginie, la trentaine. Avantage et inconvénient : c’est calme. L’animation, il faut aller la chercher chez l’espiègle Jovani et sa Friterie lilloise, rue du Buisson. Ou, mieux, aux Comptoirs des anges, nouvel estaminet rue du Bois, qui apporte chaleur et liant dans ce bout de quartier isolé. « C’est un resto de proximité. La chaleur, l’ambiance, ce sont mes voisins qui l’apportent », pétille Lawrence Evrard, le patron.

Apprécié de Delphine, Nicolas et leurs petits, le parc des Buissonnets est le nouveau rendez-vous des parents. Il fait désormais concurrence au parc des Dominicains, non loin de la prestigieuse et discrète avenue du parc Monceau et de ses villas à un million d’euros. À Pellevoisin, la belle endormie, on ne bougerait pour rien au monde. « Les clients cherchent un logement plus petit ou plus grand, note Éric Schraen, agent immobilier, mais ils veulent à tout prix rester dans le quartier. » Les familles aux revenus confortables fondent sur les rares maisons en vente, rajeunissent le quartier. Récemment, une 110 m² avec 300 m² de jardin est partie à 400 000 €. Mais les prix s’assagissent, dit-on. Tendance, les couples de filles et les couples de garçons investissent Pellevoisin. Sans offusquer les plus anciens. Dans ce bourg où l’argent a le savoir-vivre et la pudeur catho de ne pas s’afficher, la « convivialité » « sans inquisition » est érigée en valeur. Et puis ici, on fait tout pour préserver la quiétude, le calme, « la tranquillité ». Notre-Dame-de-Pellevoisin a même l’infinie délicatesse de ne jamais sonner les cloches.