Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

Population. En 1999, le quartier comptait 17 517 habitants. Aujourd’hui, ils seraient près de 19 000, dont 38 % d’étudiants. Des dix quartiers lillois, Vauban-Esquermes est celui qui a le plus progressé en nombre d’habitants depuis dix ans. Il est aussi le plus jeune avec 50 % de sa population qui est âgée de moins de 25 ans. Conséquence directe de la présence de l’Institut catholique, dont le nombre d’étudiants augmente chaque année de 5 à 6 %, soit 23 000 inscrits cette année.

Revenus. 17 617 €, c’est le revenu médian par famille en 2005 (source INSEE-DGI), soit 3 792 € de plus que celui des Lillois (13 825 €).

Logement. En 2007, on comptait à Vauban-Esquermes 12 752 résidences principales dont 47 % construites avant 1948. La plupart des habitants étaient locataires du parc privé (61 %). Les propriétaires représentaient 19 % et les locataires du parc HLM 9 %. En 2011, on compte environ 1 000 logements sociaux dans le quartier.

Emploi . Au 31 décembre 2006, le nombre de demandeurs d’emplois était de 1 143, dont 32 % inscrits depuis plus d’un an. Des chômeurs en général plutôt bien formés puisque 46 % d’entre eux ont un niveau équivalent ou supérieur à Bac +2 (contre 32 % à Lille). 10 % étaient sans formation (20 % dans la commune).

Élections. Vauban-Esquermes est l’un des quartiers qui vote le plus à droite, juste après Saint-Maurice-Pellevoisin. En 2008, au dernier scrutin municipal, Martine Aubry (PS) ne recueillait que 34,71 % des voix au premier tour, contre 46,02 % pour la commune. Au second tour, elle l’emportait avec 55,01 %, contre 44, 99 % pour son adversaire de droite, Sébastien Huyghe. Soit onze points de moins que pour le reste de la ville. Un chiffre important si on le compare, par exemple, à Fives, où l’actuelle maire de Lille avait recueilli 74,07 % des voix au second tour.

carre« Il y a dix ans, Martine Aubry prenait les rênes de la mairie. Réélue dans un fauteuil en 2008, elle aborde ce mois-ci la seconde partie de son mandat. À cette occasion, nous sommes allés explorer les dix quartiers lillois et en avons dressé l’état des lieux. Aujourd’hui, Vauban-Esquermes, la rencontre réussie de deux mondes.

C’est un quartier atypique. Par son histoire, sa forme longiligne et sa population. Poumon vert de la ville, avec ses lieux incontournables : le jardin Vauban, le zoo et le bois de Boulogne. Le quartier de la citadelle et des grandes maisons bourgeoises. « Un village dans la ville », diront certains, où les bateliers ont été remplacés par une armée d’étudiants et où les habitants ont appris à s’apprivoiser, au gré du temps et des annexions.

Mais Vauban-Esquermes, ce n’est pas seulement ce va-et-vient constant rythmé, par les rentrées scolaires. « Il n’y a pas que des étudiants, des gens y habitent toute l’année, insiste Murielle, la cinquantaine souriante. Et ça, on a tendance à l’oublier. »

Difficile pourtant d’y échapper. Car une fois le jardin Vauban traversé, le palais Rameau admiré, le regard est bien rivé sur cette avenue qui porte le nom de l’illustre créateur de la citadelle et de ses bâtiments, dont l’essentiel appartient désormais à l’Institut catholique et dans lesquels se bousculent quotidiennement 18 000 étudiants. « Une richesse pour le quartier », comme aime le rappeler Catherine, qui vit là depuis plus de trente ans, mais qui a aussi ses détracteurs. Car la jeunesse d’aujourd’hui a tendance à s’alcooliser, massivement, très massivement, au grand dam des riverains. « Dès que la fin de semaine approche, c’est invivable !, s’indigne ce matin-là, rue Colbert, Thierry, face à ses poubelles renversées. Ils crient dans les rues à 4 h du matin. On retrouve des canettes, des verres et des rétroviseurs explosés. »

« Il y a vingt ans, ce n’était pas pareil », regrette Bernard Georges, qui a décidé de créer une association pour protester. « On aime les étudiants. Ils font aussi vivre le quartier. Mais il faut que la loi soit appliquée pour qu’ils fassent partie de notre vie. »

Pourtant, des efforts ont bien été réalisés, comme cette charte, initiée par la ville et l’Institut catholique, « pour mieux vivre ensemble », ou l’arrêt des soirées de fin d’année dans l’établissement. Sans oublier l’ouverture de l’université et de ses jardins pour inciter les deux populations à se rencontrer. « Les étudiants s’investissent dans l’aide aux devoirs à la maison de quartier, ils aident pour le carnaval », défend Catherine. « Car nous ne voulons pas faire de ce quartier un ghetto d’étudiants », acquiesce Geneviève Branquart, qui représente l’université au conseil de quartier. Des problèmes qui semblent s’éloigner, une fois embarqué dans la Citadine, en direction d’Esquermes. Les transports, l’un des chantiers de la ville qui a changé la physionomie de ce quartier. « Surtout sur ce boulevard . Avant, on devait aller à pied jusqu’à Cormontaigne ou à Wazemmes », souligne Sophie, jeune maman trentenaire.

Jeunesse et mixité

Un coup d’oeil à l’extérieur et on admire ces grandes bâtisses du XIXe et du début XXe. Vauban, le quartier bourgeois de Lille. Une idée reçue ? Si quelques grandes familles y logent toujours, dans les années 1970, la « vaubanisation » massive face à l’accroissement estudiantin a fait naître des centaines de petites locations, faisant de « ces belles façades, une illusion trompeuse », souffle Geneviève. Cela peut surprendre, autant que la réponse des habitants lorsqu’on les interroge sur la force de leur quartier. « La mixité sociale », affirment-ils, presque d’une même voix. Ça ne nous était pas venu à l’idée. Pourtant, rue Cordonnier, ou plus récemment rue d’Isly, les HLM cohabitent avec les propriétés privées. « Il y a trente ans, des ouvriers habitaient déjà le quartier, dans les courées », se souvient Marie-Noëlle.

Arrivée rue d’Isly. Au coeur du « village » d’Esquermes, comme l’appellent encore les anciens. Ici, on côtoie plutôt les riverains du Faubourg de Béthune voisin. La convivialité est reine, assurent les habitants – peut-être plus qu’à Vauban -, comme lors de ces rencontres familiales au square de l’Arbonnoise, place forte du « village », ou au marché de la place Catinat, entièrement rénovée et « où les dealers ont quitté l’endroit », se satisfait Marie-Noëlle, pour faire place à un petit parc et à quelques jeux d’enfants.

Les jeunes, force vive de Vauban-Esquermes avec ce nouveau centre qui leur est dédié et ce collège Lévi-Strauss qui trône fièrement à l’autre entrée du quartier. Comme pour faire écho aux facultés. Les habitants y voient une métamorphose de cette partie d’un quartier « longtemps oublié », car jugé plus favorisé que d’autres de la cité. Une arrivée synonyme d’espoir, de renouveau. Vauban-Esquermes rêve encore d’une bibliothèque et d’un centre social « car il est le seul de la ville à ne pas encore en avoir ». Il veut croire qu’un jour ses petits commerces, jadis florissant, reviendront en nombre rue Colbert, « une artère désespérément sale, triste et délaissée », se désole Pascal. Les habitants aimeraient aussi pouvoir se réunir dans une même salle avec convivialité. « Car, pour Marie-Noëlle, ce qui fait la force de ce quartier, ce sont ses habitants, capables de s’investir plus qu’ailleurs. »urd’hui, Vauban-Esquermes, la rencontre réussie de deux mondes.