Article extrait de lavoixdunord.fr publié le 10/03/2011.

carreLes chiffres du quartier

Population. Avec ses 23 396 habitants en 1999 passés à 26 000 habitants aujourd’hui, Wazemmes est, à égalité avec le centre, le quartier le plus peuplé de Lille.

Qui loue, qui achète ? En 2007, les habitants de Wazemmes étaient à plus de 50 % locataires de logements issus du parc privé. Les propriétaires occupants étaient à part égale des professions intermédiaires et des cadres et professions intellectuelles supérieures (de 30 à 40 % par groupe). Ces derniers étaient plus nombreux dans les rues à proximité immédiate du centre (45 %).

Revenus . En 2005, par famille, le revenu annuel moyen était de 13 836,50 €. Dans la moyenne lilloise, le quartier affiche de nettes disparités. Ce revenu chute à 8 034 € dans le secteur Montebello et atteint 19 100 € pour les abords de la rue Gambetta.

Réussite scolaire .
À la rentrée 2008, le quartier comptait quelque 1 654 élèves scolarisés dans ses six lycées et collèges. La proportion d’élèves ayant doublé au moins deux classes avant l’entrée en sixième était relativement supérieure à la moyenne. La zone Montebello se démarque avec 12 %, soit 10 points de plus que la moyenne de la ville.

Santé
En 2007, le nombre de médecins généralistes était inférieur à la moyenne lilloise. Dans le quartier, ils étaient 182 à exercer pour 100 000 habitants contre 350 pour la ville. On tombe à moins de 100 médecins généralistes (pour 100 000 habitants) pour la zone Montebello. Le nombre de chirurgiens dentistes est marqué par les mêmes tendances, avec des disparités flagrantes, et notamment l’absence totale de chirurgiens dentistes pour la zone Montebello.

Service de proximité . En 2008, Wazemmes détenait le record d’accès au grand commerce alimentaire généraliste. Si, à Lille, seulement 60 % des habitants avaient un supermarché à moins de 500 mètres de chez eux, les habitants de Wazemmes en possédaient tous un.

carreAvec ses 26 000 habitants, Wazemmes pourrait être une ville de province. Pourtant, avec ses quartiers dans le quartier, ce qui était un village en a gardé l’âme.

Loin de la carte postale du marché, Wazemmes commence là où il se fait appeler Saint-Michel. Ici, la « mixité » qui colle à Wazemmes est ancrée dans les murs des courées et des maisons bourgeoises, et on s’étonne quand le riverain gronde – à coups d’affiches aux fenêtres et de réunions – contre une halte de nuit pour SDF.

Pour découvrir « l’âme » que ses habitants prêtent à Wazemmes, il faut s’aventurer dans l’une de ses artères. Miroir inversé de la vitalité de la rue des Postes, le chaos automobile règne. Mais cette « anarchie » que l’on fustige, ce sont aussi les pulsations qui rythment la vie du quartier.

Comme pour les cendriers que l’on peine à chasser du zinc, Wazemmes, dépeint dans les bistrots comme « rebelle », a ses propres règles. La rue est aux Wazemmois, le 1er mai, quand la fête de la Soupe y pose ses marmites, et tout le reste de l’année, entre les terrasses et les discussions de palier.

À deux pas de là, Magenta-Fombelle renaît. Avec les pelleteuses de sa « résidentialisation », ce « noeud », comme l’appelle pudiquement Maurice Thoré, président du conseil de quartier, s’est refait une beauté. En attendant de se refaire une réputation. Les bris de vitres de voitures qui jonchent le sol, on n’en parle pas. « On n’habite pas ici par choix », souffle une vieille dame qui file aussitôt.

Un quartier « malfamé » ne se critique pas au vu et au su de ses voisins. Rue Jules-Guesde, « tout le monde me connaît et je connais tout le monde, rapporte Françoise. Je n’ai pas peur ». Il n’en va pas de même pour tout le monde.

« Aux abords de la rue Gambetta, côté Vauban, le prix au mètre carré peut aller jusqu’à 3 000 €, explique Christine Wagon, de l’agence Descampiaux-Dudicourt de Wazemmes. Les clients recherchent une âme, un art de vivre où tout est à proximité. »

Mais les prix peuvent chuter à 1 500 € quand on approche la rue Jules-Guesde et « l’insécurité qu’elle draine ». Depuis seize ans qu’elle arpente le quartier, elle n’a « jamais été ennuyée, dit la négociatrice immobilière. Mais les clients ne se sentent pas toujours en sécurité. Surtout le soir ».

Après la Briqueterie à Lille-Sud, Magenta et la rue Guesde ont reçu leur groupement local du traitement de la délinquance. Dans le collimateur de la ville et du procureur de la République, le trafic de drogues et les violences associées. Ce « dispositif provisoire » implanté en mars dernier a permis que « les affaires s’apaisent mais elles ont un peu repris cet été, raconte le président de quartier. On n’éradique pas ça du jour au lendemain ».

Une mixité toujours à inventer

« La précarité existe », mais Tounsia Leghlid, directrice de la maison de quartier, ne veut pas « stigmatiser un quartier qui l’est déjà ». Qu’elle soit générationnelle, sociale ou culturelle, « la mixité ne se décrète pas ». Les halls d’immeubles peuplés de jeunes désoeuvrés nourrissent encore les craintes de certains riverains mais là, comme sur les marches du 67, rue de Flandres, on relativise : « Il n’y a pas qu’à Wazemmes qu’on fume des joints… »

« Un peu plus fermées peut-être », hasarde-t-on sur la place du marché, les rues où, dit-on, « il ne fait pas bon se garer la nuit » et qui ont fait la mauvaise réputation de Wazemmes, contribuent à créer sa mixité tant vantée. « Il y a des familles d’origine turque, iranienne, internationale, explique Tounsia Leghlid. Rue Jules-Guesde, les échoppes se suivent mais ne se ressemblent pas. La lainière côtoie la pâtisserie orientale ou le magasin de spécialités asiatiques où l’on se ravitaille en lait de coco, vendu au litre, ou en sauce soja, indispensable pour une soirée sushis so chic.

Trois fois par semaine, tout un quartier converge vers son coeur. Dans la cohue des dimanches, les « sacs à poireaux » I love WZMdes bobos donnent le ton. Le marché « pratique et pas cher » que fréquente Karima le mardi devient « the place to be » et où se montrent jusqu’à 75 000 personnes le week-end. Dans le quartier pour lequel le qualificatif « attachant » est celui qui revient le plus souvent, à chacun ses espaces, à chacun ses temps. Françoise, fidèle du marché, fuit la foule des dimanches.
La mixité tourne parfois peut-être à la « juxtaposition de communautés ».

Depuis sa Maison folie, Olivier Sergent travaille à leur rapprochement. « C’est une démarche de fond très fragile », explique-t-il. Comme dans les cafés de la place où toutes les générations se rencontrent, on veut croire au mélange des genres : « Miss Wazemmes a autant sa place chez nous que les grands du théâtre. » Et Olivier Sergent se veut optimiste : « À Wazemmes, les habitants ont peut-être plus de raisons de se croiser qu’ailleurs… »